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Prise de vue

Photographe

Prise de vue

 

Précurseur en France de la photographie d'insectes en vol.

En vue de photographier les insectes en vol j'ai pris la décision en 1979 de concevoir et fabriquer un système autonome, facilement transportable et fonctionnant sur batterie, pouvant saisir la quasi-totalité des espèces. Ce système comprend des cellules de détection infrarouge à faisceaux croisés, des flashs puissants ultra rapides (1 / 30 000 s) et un obturateur rapide (temps de réaction : 3,5 millisecondes). J'explique plus loin le fonctionnement de chacun de ces éléments et de l'ensemble du système.

 

La photographie comporte toujours une certaine part de technique. L'appareil photographique, même le plus simple est en effet un objet technologique. Pour l'utiliser on doit connaître et mettre en pratique certaines lois de l'optique, au moins intuitivement. En macrophotographie, les contraintes techniques sont encore plus présentes: (faible profondeur de champ, baisse de la lumière due à l'allongement du tirage, etc). Mais si l'on veut photographier les insectes en vol, il faut encore approfondir la compréhension des techniques photographiques. Les appareils photo actuels sont des concentrés de technologie, mais lorsqu'on s'est familiarisé avec leurs fonctions on n'y pense plus au moment de la prise de vue. Il en est de même pour les lois de l'optique si on les a bien intégrées. Mon système n'ajoute qu'une part infime de technologie à celle contenue dans un appareil photo. Bien sûr, lorsque j'en parle, je m'exprime de façon technique mais lors de la prise de vue, je n'y pense plus et me concentre uniquement sur l'image que je désire obtenir.

 

Approche de la technique de prise de vue des insectes en vol.

 

Libellule déprimée Libellula depressa Photos 1 à 4: ponte, photo 5: accouplement en vol.

Boîtier Canon EOS 300 D, objectif Canon 100 mm macro, 2 flashs de ma fabrication 1/20 000 seconde montés sur une barrette. Photos prises "à main levée"

 

 

Leur petite taille, leur vélocité, le battement rapide de leurs ailes, leurs trajectoires imprévisibles rendent les insectes en vol difficiles à photographier, Vous pouvez cependant, sans matériel spécifique, tenter l'expérience: un reflex numérique et un objectif macro suffisent. En vous plaçant un jour de grand soleil et sans vent devant des fleurs qui attirent de nombreux insectes, vous pourrez saisir ceux qui s'approchent lentement ou pratiquent le vol stationnaire. En choisissant le mode " priorité-vitesse ", en affichant la vitesse la plus élevée de manière à fermer le diaphragme de quelques valeurs, vous réduirez les risques de flou de bougé provoqués par le déplacement de l'insecte, le balancement de la fleur et vos propres mouvements et augmenterez la profondeur de champ. Comme la mise au point est difficile à maîtriser en un temps très court, et l'autofocus inutilisable, le taux de réussite sera assez faible.

Vous résoudrez le problème de la mise au point en utilisant un trépied. Vous installerez votre appareil devant une fleur très visitée, prévoirez la trajectoire la plus probable et ferez alors au préalable la mise au point et le cadrage en un point de cette trajectoire. Vous utiliserez aussi un déclencheur à distance : vous éviterez de cette façon le flou de bougé dû aux mouvements de l'appareil et comme vous ne regarderez pas dans le viseur, vous pourrez voir arriver l'insecte et vous préparer à déclencher. En revanche, il vous sera impossible de vous déplacer pour suivre l'insecte de fleur en fleur et l'attente sera beaucoup plus longue. Cette méthode permettra néanmoins d'obtenir d'assez bons résultats avec des espèces qui pratiquent le vol stationnaire et se présentent toujours de la même manière face à des corolles tubulaires.

Toutefois, les battements d'ailes de certains insectes sont tellement rapides, que le flou de bougé sur les ailes devient important au point de les faire disparaitre de l'image. Des flashs TTL disposés près du sujet vous fourniront des éclairs de durée très brève, de l'ordre du 1/10 000 de seconde, ce qui figera le mouvement de l'insecte et de ses ailes (sauf pour les battements les plus rapides). Ils permettront aussi, en fermant le diaphragme, d'obtenir une profondeur de champ appréciable. En lumière naturelle, il est en effet pratiquement impossible d'utiliser en même temps une vitesse très rapide avec un diaphragme fermé à f16 ou f22, sauf à utiliser une sensibilité élevée qui nuit à la qualité de l'image. Cependant, l'image floue produite par la lumière solaire, si elle n'est pas neutralisée, se superposera à l'image figée produite par l'éclair de flash : elle ne devra donc pas intervenir…

Pour éviter un arrière plan noir ou sombre, il vous faudra l'éclairer en totalité le plus uniformément possible. La durée d'éclair devra être à peu près identique pour l'ensemble des flashs. A ces vitesses élevées, leur puissance est moindre. Les flashs de l'arrière plan devront donc être proches de la zone à éclairer, et il faudra multiplier leur nombre pour illuminer uniformément tout l'arrière plan, qui ne devra pas être trop proche pour que l'insecte se détache bien sur un fond flou et uniforme...

Les insectes plus rapides exigent d'autres dispositifs encore. Il existe en effet un certain retard entre le moment où l'on décide de déclencher et l'instant où la photo est prise. Notre temps de réaction est d'environ un dixième de seconde, auquel il faut ajouter celui presque équivalent de l'appareil photo. L'insecte convoité a alors quitté le champs défini… L'utilisation de cellules de détection supprimera notre propre temps de réaction, mais celui de l'appareil reste un problème. Même avec le miroir relevé, les boîtiers numériques les plus rapides affichent un délai de réaction de presque 40 millisecondes. Un insecte plutôt lent, qui vole à 3 Km / heure parcourt pendant ce temps 33 millimètres !

Les obturateurs des reflex peuvent aller jusqu'au 1 / 8 000 s, ce qui permet de figer les mouvements des insectes les plus lents. Mais à cette vitesse d'obturation, la lumière solaire doit être très intense. L'utilisation de flashs en synchro rapide apporte un petit complément de lumière sur le sujet, Toutefois, il est quand même nécessaire d'utiliser un objectif très lumineux. Même avec un faible rapport de reproduction de 0,1, la profondeur de champ devient très réduite à grande ouverture (seulement 1,5 mm à f/2) et elle diminue de moitié chaque fois que l'on ouvre le diaphragme de deux valeurs. La mise au point exactement sur l'oeil de l'insecte est rendue très hasardeuse par ses déplacements. L'utilisation d'une cellule de détection n'apporte pas de solution, car c'est indifféremment la tête, l'extrémité de l'aile ou n'importe quelle partie du corps qui peut couper le faisceau.

Si avec toutes ces méthodes, on obtient parfois de bonnes images, elles ne permettent pas de photographier en vol l'ensemble des insectes dans toutes les conditions de vol. Elles se limitent aux espèces les plus lentes et aux fréquences de battements d'ailes les plus basses.

 

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La technique et les méthodes que j'utilise pour la prise de vue des insectes en vol.
J'ai conçu le matériel dans la perspective de pouvoir photographier en vol la quasi-totalité des espèces, dans les conditions de vol les plus diverses. Puis j'ai échafaudé, au fil des problèmes rencontrés, différentes stratégies de prise de vue en fonction des aptitudes et du comportement des différentes espèces.

 

Principe de fonctionnement :

L'insecte est détecté par des cellules à faisceaux infrarouges qui déclenchent un obturateur rapide intercalé entre le boîtier et l'objectif. Dans l'attente du passage de l'insecte, l'appareil photo est positionné en pause. Le sujet et l'arrière plan sont éclairés par des flashs ultra rapides et puissants.

 

Les différents éléments :

- Les barrières de détection :

Une barrière est formée d'une diode infrarouge qui émet un faisceau de lumière invisible et d'un récepteur qui reçoit cette lumière. J'utilise en général une barrière à faisceaux croisés. La détection se fait en un point précis, ainsi je peux choisir le lieu où sera présent l'insecte au moment de la prise de vue. J'ai fabriqué plusieurs de ces barrières de tailles et de formes différentes. Un repère amovible permet de faire la mise au point et le cadrage exactement au point où sera détecté l'insecte.

- Les flashs ultra rapides :

Afin de figer le déplacement de l'insecte et le mouvement de ses ailes, j'ai fabriqué des flashs dont l'éclair est extrêmement court (1 / 30 000 seconde). Ils sont suffisamment puissants pour que je puisse fermer le diaphragme à f 16 ou f 22, ce qui permet une profondeur de champ importante.

- L'obturateur rapide :

La mise au point et le cadrage étant réalisés au point d'intersection des faisceaux, il faut que la prise de vue se fasse le plus rapidement possible après la détection de l'insecte. Or, les appareils photo ont un retard de plus d'un dixième de seconde. Pendant ce délai, l'insecte aura parcouru plusieurs centimètres et sera hors de la zone de netteté, et souvent même hors du champ. Par exemple, un insecte plutôt lent qui vole à 3 Km à l'heure parcourt en un dixième de seconde plus de 8 centimètres ! Pour palier ce problème, j'ai fabriqué un obturateur rapide qui réagit en 3,5 millisecondes. Il s'intercale entre le boîtier et l'objectif. L'appareil photo est en attente, positionné en pose. Avec un délai aussi court, le même insecte n'aura parcouru que 2,8 millimètres. Du fait que j'utilise des flashs puissants, qui permettent une faible ouverture de diaphragme, j'obtiens une grande profondeur de champs et ainsi, malgré le décalage, l'insecte est toujours net.

 

Méthodes utilisées pour la prise de vue.

 

1) Dans la nature, sans aucune intervention :

Le principe consiste à positionner les cellules de détection sur la trajectoire la plus probable du plus grand nombre d'insectes ou de l'insecte convoité. Ensuite, mettre en place l'appareil photo et les flashs en fonction de l'environnement. Les lieux les plus favorables sont les fleurs nectarifères et les nids des hyménoptères. Les insectes visés sont les insectes butineurs, les papillons, les bourdons, les guêpes et les abeilles sociales ou solitaires et les coléoptères floricoles.

2) Dans la nature avec interventions :

Environ 80 % de mes photographies proviennent d'insectes vivant sur un terrain que j'ai aménagé spécialement pour obtenir un maximum de biodiversité de l'entomofaune et de la végétation locale. Les lieux où une fleur très attractive est à bonne distance d'un arrière plan harmonieux, conformes aux contraintes de l'éclairage au flash sont rares. Donc, je dois parfois intervenir pour retirer des éléments disgracieux. Pour certains insectes nocturnes ou crépusculaires, après avoir constaté la présence d'une espèce, je positionne mon système devant un arrière plan correspondant au milieu de vie de cette espèce et je l'attire à proximité des cellules par une petite lampe ultraviolette.

3) En studio.

Il est impossible de prévoir le passage de certaines espèces en un lieu bien précis où je pourrais installer les cellules. Dans ce cas, je capture l'insecte et le transporte dans mon studio. Il s'agit d'une pièce sans fenêtre dans laquelle tout le matériel est préalablement installé sur une grande table. Au dessus des cellules, j'ai placé une lampe dont la lumière ultraviolette est très attractive pour la plupart des insectes, et, à coté, une lampe infrarouge qui diffuse une douce chaleur. L'insecte libéré dans la pièce a tendance à se diriger vers les cellules, attiré par la lumière et la source de chaleur. A l'extrémité de la table, j'ai installé un décor naturel de plantes correspondant au milieu de vie de l'espèce photographiée. La séance de prise de vue achevée, je relâche les insectes sur les lieux même de leur capture.

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Quelques exemples de prise de vue dans la nature.

Prise de vue d'un caloptèryx vierge dans un torrent en Auvergne.

Prise de vue d'un frelon qui a fait son nid dans un talus.

Le frelon rentre au nid avec des copeaux de bois qui, mâchés et mélangés à sa salive, serviront à la confection du nid.

Prise de vue de poliste bischoffi en Bourgogne.

Le poliste en vol rapporte une boulette de nourriture : un insecte découpé et broyé. Sur le nid, une gardienne va à sa rencontre pour vérifier son appartenance à la colonie. Les deux autres s'occupent du couvain.

Prise de vue du moro-sphinx.

Photo réalisée devant un pied de lavande sur une terrasse.

Prise de vue de l'anthophore plumipes

Non loin de la mare que j'ai creusée dans mon jardin fleurissent des pulmonaires régulièrement visitées par cette abeille solitaire.

Commentaires sur quelques images.

Le décollage de la cigale des montagnes (Cicadetta montana)

Elle se rencontre en été sur des buissons ou des brins d'herbe. Très farouche, elle est difficile à approcher. Dans la nature, il m'est impossible de prévoir un lieu précis où je peux espérer son passage. Je n'ai aucun moyen pour l'attirer car elle se nourrit de la sève des végétaux. Je l'ai donc photographiée en studio. Sur les photos, on peut voir sa manière particulière de décoller : elle se propulse violemment en arrière puis, rapidement, se retourne sur le coté et file comme une flèche.

Le Demi-deuil (Melanargia galathea) : Souplesse et rigidité de l'aile.

Lorsque les ailes s'abaissent, une forte pression sanguine dans les nervures rigidifie la membrure, offrant le maximum de surface portante.

Lorsque les ailes se relèvent, elles s'assouplissent. L'air contourne plus facilement la voilure, évitant au corps de trop s'abaisser durant cette phase. La résultante lors d'un battement donne une poussée dirigée vers le haut, qui, avec d'autres principes aérodynamiques complexes, maintiennent le papillon dans les airs.

Position en vol des élytres des Coléoptères.

Le Clairon des ruchers (Trichodes apiarius) a un vol peu puissant et peu précis; ses élytres tenus écartés limitent les mouvements des ailes postérieures et induisent des perturbations dans l'écoulement de l'air.

La Cétoine dorée (Cetonia aurata) a un vol plus soutenu et est capable de vol stationnaire, exceptionnel chez les Coléoptères. Ses élytres ne perturbent pas son vol, ils restent fermés; des échancrures laissent sortir les ailes inférieures.

Le nécrophore (Necrophorus sp.) a besoin de se déplacer à bonne distance et rapidement pour arriver le premier sur les petits cadavres, sources de nourriture pour lui et sa progéniture. Il relève ses élytres puis les retourne, ainsi, la face interne se retrouve à l'extérieur. En vol, ses élytres lui servent d'ailerons.

 

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